Bénin Burkina Faso Burundi Cameroun République Centrafricaine Congo Côte d'Ivoire Gabon Guinée Guinée-Bissau Mali Mauritanie Niger Sénégal Tchad Togo Afristat Page d'accueil
Aggrandir Réduire Reinitialiser
Analyses
Un Gabonais sur cinq vit en desous du seuil de pauvreté estimé à 30.000 fcfa
Cette opération de collecte a été réalisée à Libreville et à Port-Gentil, qui représentent, à elles seules, 50 % de la population du Gabon. Les ressources des ménages sont dominés par les revenus du travail qui sont fortement indexés sur le niveau d'étude. Les transferts constituent un important moyen pour réduire les difficultés des ménages pauvres. La solidarité familiale constitue aussi une source d'appauvrissement passive par le fait de l'accueil de nouveaux membres sans que les revenus ne varient. Les femmes et les enfants sont les groupes les plus vulnérables dans ce cas.

Les ressources des ménages sont dominés par les salaires

Au Gabon, eu égard aux différentes ressources disponibles et à la taille des ménages, le revenu mensuel par tête est estimé à 86 735 FCFA. Il est essentiellement constitué de revenus du travail ( 59 % de l'ensemble des ressources et quasi-ressources). Pour satisfaire leurs différents besoins, les ménages s'appuient donc d'abord sur la valorisation de leur force de travail. Mais, tandis que les expatriés, sans qualification pour la plupart, croient en leur initiative privée, les Gabonais valorisent leurs études sur le marché du travail. Si bien que les tendances sont telles qu'un chef de ménage de niveau d'études primaire gagne l'équivalent mensuel et par tête de 69 632 FCFA par mois contre presque le double pour un chef de ménage cadre.

Tout naturellement, les ménages dont le chef est inoccupé subsistent essentiellement grâce aux transferts privés reçus et qui représentent 30 % de leurs ressources. Il s'agit vraisemblablement, avant tout, de Gabonais qui préfèrent souvent le chômage aux emplois « dépréciés » qu'occupent généralement les expatriés.

Les revenus des ménages sont inégalement répartis

Par mois, chaque ménage dispose, en moyenne, de 339 896 FCFA. Mais, les 50 % des ménages considérés comme les plus pauvres se partagent seulement 15 % des revenus avant transferts alors qu'après transferts ils disposent de 23 % de revenus. La solidarité africaine, à travers l'importance des dons, favorise donc la réduction considérable des inégalités de revenu. Parmi ces plus pauvres, on compte surtout les ménages dont le chef est un Gabonais inoccupé ou un indépendant (généralement des étrangers et des femmes gabonaises).

Même en disposant de 83 % des revenus des chefs de ménages, les chefs gabonais voient leurs ressources s'étioler en termes de revenu mensuel par tête ; il n'est que de 59 172 FCFA contre 80 834 FCFA pour les étrangers. Donc malgré l'importance des revenus concentrés, les chefs de ménage gabonais assurent leur subsistance dans des conditions moins favorables à cause de leur grande taille et de l'importance du nombre d'inoccupés à leur charge.

Parmi les défavorisés, on retrouve aussi les ménages dont le chef est de sexe féminin ; elles ne représentent que 7 % des chefs de ménage de niveau supérieur. Il y a également les jeunes et les chefs de plus de 55 ans qui ne concentrent respectivement que 3 % et 10 % des revenus eu égard à l'importance de leur inoccupation.

La plupart des ménages vivent au dessus de leurs moyens

Avec une dépense de 89 143 FCFA par mois et par tête, les populations africaines vivent, dans l'ensemble, au-dessus de leurs moyens (86 735 FCFA) et donc dans des conditions a priori difficiles. Vraisemblablement, les signes de difficultés sont plus perceptibles dans la frange la plus pauvre où, en moyenne, plus de la moitié des dépenses est allouée à la consommation alimentaire.

La pauvreté est correlée au niveau d'études et à l'occupation

menage-dep-gabSur les 91 746 ménages dénombrés, 18 % vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ce sont, pour l'essentiel, des ménages de grande taille (7,6 membres en moyenne). Ils sont souvent dirigés par un Gabonais, avec un niveau scolaire primaire et, donc, un taux d'inoccupation considérable. On les rencontre davantage dans la tranche d'âge des plus de 55 ans (ce sont donc des chef de ménage retraités), mais il s'agit aussi d'une bonne proportion de jeunes.

L'inoccupation est une caractéristique non négligeable des Gabonais, étant entendu que les expatriés, une fois mis à la retraite, rentrent dans leur pays d'origine et que les Gabonais, d'une manière générale, en préférant des emplois de bureau, renchérissent inexorablement le taux de chômage. Celui-ci s'élève, en 1994, à 18 % (et 19 % en 1996) dans l'ensemble, mais avec une prédominance chez les Gabonais (21 %). Mais, en tenant compte de la recherche « passive » d'un emploi, ce taux s'avère plus important.

La pauvreté individuelle est plus profonde que celle collective

Sur la base d'un seuil de pauvreté absolue (c'est-à-dire basé sur le coût des consommations alimentaires et non alimentaires essentielles) de 30 174 FCFA par tête et par mois, 27 % de la population est pauvre alors que 11 % des individus sont extrêmement pauvres.

La pauvreté atteint plus les ménages de grande taille dont le revenu ne permet pas d'assurer une consommation convenable en quantité et qualité. Les jeunes qui y sont concentrés sont naturellement les plus pénalisés. Aussi, 30 % d'enfants âgés de moins de 16 ans vivent-ils en dessous du seuil de pauvreté et dans des conditions de sous-nutrition notoires.

La pauvreté touche :

  • 45 % des ménages dont le chef est sans qualification ;
  • 51 % des ménages dont le chef est inoccupé ;
  • 39 % des ménages dont le chef est âgé de plus de 55 ans ;
  •  28 % des ménages dont le chef est de nationalité gabonaise ;
  •  34 % des ménages de Port-Gentil (contre 25 % pour Libreville).

La pauvreté suscite dans les ménages pauvres des particularités en matière de satisfaction des besoins essentiels. C'est ainsi que les gros ménages développent une politique de rationnement alimentaire caractérisée par la baisse de la ration calorique à mesure que la taille du ménage croît et par une moindre variété d'aliments consommés. De même, une grande solidarité est manifestée à l'endroit des chômeurs : soit le chômeur est hébergé par des parents ou des amis soit il reçoit une aide de la famille sensiblement estimée au double de ce qui est perçu par le chef ou le conjoint du chef de ménage.

Forte mobilité des membres de ménages

Les groupes vulnérables sont hébergés essentiellement par la famille, permettant ainsi une circulation permanente des individus. Les chômeurs, les femmes chargées d'une progéniture et les enfants sont autant d'individus qui sont continuellement accueillis par leurs proches dans l'élan de solidarité africaine traditionnelle. On aboutit même à une forme de « socialisation » de la vie avec le « placement naturel » des enfants dans telle ou telle autre famille. Mais, la circulation est bien grande : sur un peu plus d'un an, au moins 40 % des ménages ont connu le départ ou l'arrivée d'un membre. Dans ce contexte, la gestion des budgets n'est pas aisée et l'exposition à la pauvreté est bien grande lorsque la taille du ménage augmente continuellement sans une contrepartie en termes de revenus supplémentaires.

Les unions conjugales sont de plus en plus précaires

Les femmes, quelle que soit la classe d'âge, vivent le plus souvent seules (sans mari ni concubin) tandis que moins de la moitié des enfants vivent avec leurs parents biologiques. C'est dire combien les unions conjugales s'avèrent très précaires et affaiblissent les relations entre les familles. En conséquence, 1/3 des ménages gabonais a pour chef une femme célibataire et celles âgées de moins de 25 ans vivent presque de manière exclusive des transferts dus à leurs amants.

10/07/2008